L’évolution des fonds verts et éthiques : entre promesses et contraintes
Un gestionnaire de portefeuille examine les rapports annuels de plusieurs fonds labellisés « verts ». Il constate que les performances affichées varient fortement selon la méthode de calcul utilisée pour mesurer l’empreinte carbone. Cette scène illustre un phénomène plus large : l’investissement durable a connu un essor considérable, mais sa définition reste floue pour beaucoup d’épargnants.
Une croissance portée par la demande des investisseurs
Depuis le milieu des années 2010, les fonds dits « durables » ou « éthiques » ont vu leurs encours augmenter de manière soutenue. Les grandes banques et les assurances ont multiplié les offres estampillées « vertes », « ESG » ou « à impact ». Cette dynamique répond à une demande réelle de la part des clients qui souhaitent aligner leurs placements avec leurs valeurs personnelles.
Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont devenus un standard d’analyse. Ils permettent d’évaluer les entreprises sur des aspects non financiers. Toutefois, cette approche ne garantit pas que chaque fonds ait un effet positif mesurable sur le climat. Certains gestionnaires intègrent ces critères uniquement pour réduire les risques, d’autres pour exclure des secteurs entiers comme le charbon ou le tabac.
La réglementation européenne a tenté d’harmoniser les pratiques. Le règlement SFDR, entré en vigueur en 2021, oblige les fonds à classer leurs stratégies en trois catégories. Les articles 6, 8 et 9 correspondent à des niveaux d’exigence croissants. En pratique, de nombreux fonds se sont positionnés en article 8, ce qui a créé une certaine confusion sur le degré réel de leur engagement.
Les limites des labels et des notations
Les labels publics et privés se sont multipliés pour aider les épargnants à s’y retrouver. Les critères d’attribution diffèrent selon les organismes. Un fonds peut obtenir un label vert dans un pays et être considéré comme non durable dans un autre. Les agences de notation ESG utilisent également des méthodologies divergentes, ce qui conduit à des évaluations parfois contradictoires pour une même entreprise.
Un autre point de vigilance concerne les données utilisées. Les entreprises communiquent leurs indicateurs environnementaux de manière volontaire. Les agences de notation doivent donc composer avec des informations partielles ou non vérifiées. Les écarts entre les déclarations des sociétés et leur impact réel peuvent être importants, notamment pour les émissions indirectes liées à la chaîne d’approvisionnement.
Les fonds dits « à impact » affichent des objectifs plus ambitieux. Ils cherchent à générer un bénéfice mesurable pour l’environnement ou la société, en plus d’un rendement financier. Cette approche nécessite un suivi rigoureux des projets financés. Le risque de « greenwashing » n’est pas absent, surtout lorsque les indicateurs d’impact reposent sur des estimations fragiles.
Des performances financières contrastées
Sur la période récente, les fonds verts ont connu des résultats variables par rapport aux indices traditionnels. Certaines années, ils ont surperformé, notamment lorsque les valeurs technologiques et les énergies renouvelables étaient en hausse. D’autres années, ils ont sous-performé, particulièrement quand les secteurs pétroliers et miniers ont progressé fortement.
Plusieurs facteurs expliquent ces écarts. Les fonds durables ont tendance à exclure certains secteurs, ce qui réduit leur univers d’investissement. Ils privilégient souvent les entreprises de taille moyenne ou les sociétés innovantes, qui peuvent être plus volatiles. Les frais de gestion sont également souvent plus élevés que ceux des fonds classiques, ce qui pèse sur la performance nette.
Les investisseurs doivent aussi considérer l’horizon de placement. Les stratégies ESG s’inscrivent généralement dans une logique de long terme. Les résultats à court terme peuvent être décevants si un secteur exclu du portefeuille connaît une hausse soudaine. La diversification reste un principe fondamental, même pour les portefeuilles durables.
Comment choisir un fonds conforme à ses attentes
Plusieurs éléments permettent de distinguer les fonds réellement engagés des simples opérations marketing. Le prospectus doit être examiné avec attention. Il indique la méthode de sélection des titres, les critères d’exclusion et les objectifs précis. Les rapports annuels fournissent des informations sur les votes aux assemblées générales et les dialogues menés avec les entreprises.
L’analyse de la composition du portefeuille est également instructive. Un fonds qui se présente comme vert mais qui détient des participations importantes dans des sociétés très polluantes doit susciter la prudence. La transparence sur les participations est un indicateur de qualité. Les gestionnaires qui publient régulièrement la liste complète de leurs titres sont généralement plus fiables.
Les frais et la performance doivent être comparés à ceux des fonds équivalents. Un fonds durable peut être performant tout en ayant des frais raisonnables. Il est conseillé de vérifier l’ancienneté du fonds et l’expérience de l’équipe de gestion. Les fonds récents disposent souvent de peu de données historiques, ce qui complique l’évaluation de leur gestion.
Enfin, il est utile de s’interroger sur la notion d’« éthique » qui varie selon les cultures et les convictions personnelles. Un fonds peut exclure les armes, mais pas le nucléaire ou l’alcool. Chaque épargnant doit donc définir ses propres priorités avant de choisir un produit. Les conseillers financiers peuvent aider à clarifier ces préférences, à condition qu’ils présentent plusieurs options sans parti pris.